J'ai fort quièr el français, ch'est l' pu joli langache,
Comm' j'aime el biau vêt'mint qué j' mets dins les honneurs.
Mais j' préfèr' min patois, musiqu' dé m' premier âche,
Qui, chaqu' jour, fait canter chu qu'a busié min cœur.
L' patois s'apprind tout seul, et l' français, à l'école.
L'un vient in liberté, l'autr' s'intass' comme un rôle.

Jules Mousseron

Le 1er Janvier 1868, naît Jules mousseron dans le "coron plat" à Denain. Douze ans et un jour plus tard, Jules descend au fond de la fosse Renard pour la première fois. Il y travaille durement, mais il trouve le temps de se passionner pour la littérature. Il dévore les classiques et se met à écrire, d'abord en français, puis en Rouchi (dialecte de cette région houillère du Borinage, entre Nord et Belgique dont font partie Valenciennes et Denain) sur les judicieux conseils de l'artiste André Jurénil. Très vite, son style et sa langue quotidienne lui valent renommée et reconnaissance.
A travers "Fleurs d'en bas", "Les fougères noires", "Autour des terrils", "Les Boches au pays noir", "Coups de pic et coups de plume", "Eclats de gaillettes" et de leurs personnages (L' Zeph Cafougnette, Batisse Boudenne, Mémère Laïte), il va nous conter avec émotion, tendresse et gaieté, la vie du mineur, la  guerre, ces gens habitués au noir mais qui aiment tant la couleur du ciel, avec une discrète simplicité.

En un demi-siècle, Jules Mousseron a publié 12 recueils, soit plus de 360 poèmes, chansons et monologues, vendus à 100 000 exemplaires, chiffre impressionnant pour l'époque, et a connu la postérité avec son personnage fétiche : Zeph Cafougnette. Mineur, perpétuel étonné, grande gueule, vantard comme il se doit, et "ninoche" (innocent), mais fort de son bon sens, culbutant la certitude des nantis, fait son apparition lors des premières allocutions publiques de Mousseron.
Au cours des banquets, des réunions commémoratives, des fêtes d'associations, kermesses, défilé des harmonies, partout on demande Jules Mousseron et sa réputation l'amène à se produire de plus en plus loin, remplissant salles de galas, théâtres ou places publiques. Le début de la gloire qui l'amènera jusqu'à l'Opéra Comique à Paris ! Mais rien n'affole le tenace travailleur, fidèle à ses sources d'inspiration : la mine, les estaminets et leurs personnages, les corons, ses enfants, sa joie d'écrire et de discourir parmi les siens.

Jules Mousseron laissera derrière lui deux images : celle du "carbonnier" avec sa barette et sa lampe, au fond "del fosse Renard" et celle du poète patoisant, maniant la plume avec sincérité et sensibilité, louant le courage et l'honneur d'une profession décimée.
Empreinte d'amour, la poésie de Mousseron est avant tout un regard positif et tolérant sur la vie du mineur. Certains lui reprocheront pourtant son manque d'engagement politique. Mousseron aime la mine malgré - ou à cause - de ses tragédies. Il ne quittera jamais ses camarades qui l'aduleront comme un "apôtre". Parmi eux, à travers ses spectacles, il a cherché à soulager la misère morale et matérielle par la poésie. L'extinction des dernières mines doivent-elles faire oublier ce passé ? Peut-on sérieusement imaginer tirer un trait sur cette infiniment riche mémoire ?

Salut mes Tiots 'Quettes
Fred Cafougnette